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Les Verne père et fils vont à La Chasse au météore (1908).

Les deux versions

Il existe en fait deux Chasse au météore :

  • Celle parue chez Hetzel en 1908, donc après la mort de Jules Verne, qui a été largement remaniée par son fils Michel. C'est celle que j'ai eu le plaisir de lire dans la Bibliothèque Verte lorsque j'étais adolescent.

  • Celle parue en 1986 (et sortie depuis dans des éditions économiques), dont le texte a été établi par la Société Jules Verne à partir du manuscrit original retrouvé.

    Les deux versions sont fondamentalement différentes, car Michel Verne ne s'est pas contenté de mettre en forme le manuscrit de son père et d'en résoudre les incohérences. Il a ajouté de nombreux chapitres, des personnages, des digressions scientifiques… Lorsque nous citerons par la suite des passages de La Chasse au météore, nous préciserons toujours s'il s'agit de la version Michel (celle publiée en 1908 par Hetzel) ou la version Jules (celle établie récemment par la Société Jules Verne).


    Michel Verne (1861–1925).

    Les verniens puristes, criant à la trahison, ne pardonnent pas à Michel d'avoir fait paraître sous la signature de son père un texte aussi transformé. Mais ceux qui surmontent cette irritation peuvent comparer avec gourmandise les travaux respectifs du père et du fils et apprécier l'enrichissement scientifique de l'œuvre finale.

    Un roman-catastrophe

    Un nouveau corps céleste est découvert. Il doit percuter la Terre. C'est un scénario maintenant classique qui, avec le cataclysme qui s'ensuit, est le sujet de nombreux romans et films catastrophe (voir plus loin). Mais ici, la catastrophe annoncée n'est pas due à l'impact, mais à la nature même de l'objet : il est constitué d'or pur. D'où l'effondrement attendu de l'économie mondiale, basée sur un système monétaire artificiel. On retrouve la phobie de l'or, thème récurrent chez Jules Verne qui était déjà au cœur de ses romans Hector Servadac (1877), Les Naufragés du Jonathan et Le Volcan d'or (ces deux derniers romans ont eu, comme La Chasse au météore, une publication posthume, mais furent écrits peu avant).

    Le bolide de Picquigny

    Le soir du 16 août 1901, un bolide traversa le ciel d'Amiens... Dans la chronique L'Année météorologique à Amiens tenue par Herménégilde Duchaussoy (1854–1928, enseignant et météorologue à Amiens), on lit :

    « À noter... ; un magnifique bolide le 16 [août 1901] de la grosseur de Vénus, passant à l'Est de Cassiopée, en laissant une trainée blanche, vers 9h 20' soir. Ce bolide a d'ailleurs été observé à Picquigny, Mons et Jemmapes. »
    (Bulletin de la Société linnéenne du nord de la France, 1902–1903, tome XVI, p. 27)
    Picquigny est situé à quelques kilomètres à l'ouest d'Amiens. De multiples témoignages du passage de ce bolide dans le nord de la France et en Belgique peuvent être relevés dans le Bulletin de la Société astronomique de France ainsi que dans le Bulletin de la Société belge d'astronomie et dans l'autre revue populaire belge d'astronomie et de météorologie Ciel et Terre.

    Jules Verne a-t'il vu ce météore ? C'est peu probable, car il avait coutume de se coucher tôt. Mais il en a eu connaissance. Dans ses notes de travail se trouve en effet un article de journal :

    « Somme : Picquigny, à la nuit tombante, un bolide d'une merveilleuse grosseur a traversé les airs au nord de Picquigny, avec une rapidité vertigineuse. La sphère flamboyante, parcelle de monde disparu, a ensuite éclaté en un jaillissement d'étincelles dont nos plus beaux feux d'artifice ne saurait même nous donner un avant-goût. Quand la nature se mêle de faire concurrence à nos artificiers, elle la leur fait redoutable. »
    (P. Gondolo della Riva, 2003, Un patrimoine à découvrir : les fiches de travail de Jules Verne, Revue Jules Verne 16, 43–52.)
    Selon Volker Dehs (précision qui m'a été communiquée le 5 octobre 2009), l'article est en fait une coupure de journal, dont on ignore le titre et la date, collée sur l'exemplaire du Matin du 27 mai 1901.

    On peut comparer avec cette phrase de La Chasse au météore où Jules Verne reprend les termes de la brève du journal :

    « Vendredi soir, à dix heures quarante-sept du soir, un bolide de merveilleuse grosseur a traversé les airs dans la partie septentrionale du ciel avec une rapidité vertigineuse en se déplaçant du nord-est au sud-ouest. »
    (La Chasse au météore version Jules, fin du Chap. V, p. 95)

    Météorites, bolides et astéroïdes

    Une météorite métallique, composée de fer et de nickel.
    Elle a été coupée et polie pour montrer ses gros cristaux de fer.

    Plusieur chutes historiques de météorites sont évoquées dans le roman. Parmi elles :

  • La météorite d'Ensisheim (le 7 novembre 1492, en Alsace).
    Les restes de la météorite sont visibles au musée historique d'Ensisheim.

  • La chute de L'Aigle (le 26 juillet 1803, en Normandie). (Incorrectement datée 1203 dans plusieurs éditions suite à une erreur de transcription du dactylographe.)
    Les restes de cette pluie de météorites sont visibles au Museum d'histoire naturelle de Paris et dans bien d'autres musées. Cet événement a fait l'objet d'une véritable enquête policière par l'académicien Jean-Baptiste Biot (1774–1862) qui a formellement conclu à son origine extra-terrestre (Biot 1803 ; Gounelle 2006).

  • La météorite d'Orgueil (le 14 mai 1864, près de Montauban).
    Les restes de la météorite sont visibles au musée d'histoire naturelle de Montauban. C'est l'une des premières chondrites carbonées connues (météorites riches en matière organique). Ce pourrait être un fragment de noyau cométaire, comme le pensent Gounelle et ses collaborateurs (2006) qui ont essayé de déterminer son orbite d'origine en reprenant le travail fait peu après sa chute par Laussedat.
    Il existe un site, avec un diaporama, sur la météorite d'Orgueil fait par le Club d'Astronomie de Villemur.

    La source principale de Jules Verne sur ces phénomènes semble être Les Météores de Margollé et Zurcher (1869) dont il recopie mot pour mot plusieurs passages du chapitre IX Étoiles filantes. Sur le même sujet, Jules Verne possédait dans sa bibliothèque Histoire des météores et des grands phénomènes de la nature de J. Rambosson (1870).

  • L'événement de la Toungouska (30 juin 1908) n'est pas évoqué et pour cause : Il survint juste quelques mois après la publication de La Chasse au météore. Cet événement catastrophique, qui eu lieu dans une région heureusement inhabitée de la Sibérie, nous rappelle que les chutes d'objets cosmiques ne sont ni rares, ni anodines. L'enquête scientifique sur le terrain n'a pu se faire que bien des années après, et la nature exacte de l'objet cosmique n'est pas totalement élucidée. Selon l'hypothèse la plus souvent retenue, il s'agirait d'une petite comète ou d'un petit astéroïde pierreux de quelques dizaines de mètres qui aurait explosé en altitude lors de son entrée dans l'atmosphère.

    Erreurs et invraisemblances : Le problème de l'orbite.

    Le météore est présenté comme étant un satellite de la Terre. Cela nous rappelle évidemment le bolide rencontré par les passagers de l'obus d'Autour de la Lune. Jules Verne a repris ici, sans le mentionner, les conclusions de l'astronome Frédéric Petit (1810–1865) sur la trajectoire des bolides, déjà controversées vers 1850, mais complètement dépassées en 1900.

    Le manuscrit de Jules Verne est manifestement une ébauche et il se réservait peut-être la possibilité de se faire aider par des spécialistes pour établir des valeurs vraisemblables pour les paramètres de l'orbite du bolide, comme il l'avait fait avec Henri Garcet et Joseph Bertand pour ses roman lunaires, avec Albert Badoureau pour Sans Dessus-dessous. Ceci explique que les chiffres qu'il donne – souvent raturés dans le manuscrit – changent d'une page à la suivante (Chap. VIII) : Une altitude comprise entre 26 et 30 km du sol, puis 200 km ; une vitesse de 400 km/h, puis 1680 km/h (vitesses d'ailleurs invraisemblablement faibles) ; une période orbitale de précisément 24h (de fait en accord avec cette dernière vitesse). Il semble que Jules Verne se soit fixé une période de 24h pour la commodité du récit et une faible altitude de survol pour que le météore soir bien visible, sans se soucier des lois de Kepler.

    Michel Verne a corrigé ces chiffres. S'est-il fait aider ? On peut en douter, car si les valeurs qu'il publie apparaissent moins fantaisistes elles sont néanmoins fausses. Son bolide va avec une vitesse de 6967 m/s à 400 km de la surface terrestre, et effectue une révolution en 1h 41min 41,96s. En supposant une orbite circulaire et non elliptique, ce qui semble aller de soi pour les romanciers, le rayon de l'orbite correspondant aux valeurs précises de la vitesse et de la période est de 6766 km et s'accorde bien avec l'altitude de 400 km. Mais pour ce rayon, la troisième loi de Kepler impose une période de 1h 32min 18s seulement.

    Michel indique que le bolide repassera à la verticale de la ville au bout de 104 ans 176 jours et 22 heures. Il ne précise pas les minutes ni les secondes. Pourtant, en une seconde, le bolide parcourt 7 km et dépasse la ville ! Cette valeur est-elle basée sur une commensurabilité entre la période de rotation de la Terre et celle de la révolution du bolide ? La précision des chiffres ne permet pas de le vérifier. Il me semble qu'en se fixant une tolérance de quelques kilomètres (la taille de la ville), le bolide repassera bien plus tôt.

    Erreurs et invraisemblances : Le problème du bolide lumineux.

    À gauche, le météore tel qu'il est représenté par l'illustrateur Roux. À droite, la photographie d'un bolide artificiel qui n'est autre que le véhicule de transfert automatique « Jules Verne » rentrant dans l'atmosphère le 29 septembre 2008, après sa mission de ravitaillement de la station orbitale.

    Un bolide n'est pas lumineux par lui-même. Il le devient suite au chauffage intense qu'il subit par friction lors de sa rentrée dans les couches supérieures de l'atmosphère. Ce phénomène lumineux est de courte durée (quelques secondes) et se termine soit par la désintégration totale du bolide, soit par sa chute sur la surface terrestre. Il est donc invraisemblable de mettre en scène un bolide dont la luminosité se maintient imperturbablement, orbite après orbite, pendant des semaines. De même, le bolide rencontré dans Autour de la Lune ne saurait être lumineux en dehors de l'atmosphère terrestre. Une telle erreur était excusable au milieu du XIXe siècle, la nature et les orbites des bolides étant alors encore mal connues à cette époque. Elle ne l'est plus en 1900. Elle sera perpétuée dans L'Étoile mystérieuse d'Hergé.

    L’analyse spectrale du bolide, faite par l’observatoire de Boston selon Jules Verne (pp. 153–154), est attribuée à l’Observatoire de Paris sous la plume de Michel (pp. 84–85). Pourtant, encore au début du XXe siècle, l'astro-spectroscopie était plutôt du domaine de l'Observatoire de Meudon, sous la direction de Jules Janssen. Le bolide se révèle être composé d'or pur. C'est bien sûr une fantaisie nécessaire au scénario du roman. De tels corps n'existent pas dans l'Univers. Cependant, il existe des météorites métalliques, essentiellement composées de fer avec une petite proportion de nickel.

    L'anticipation de E = mc2

    La Chasse au météore fait explicitement référence à l'équivalence matière-énergie, qui est au cœur du principe de fonctionnement de la machine imaginée par Xirdal pour modifier l'orbite du bolide. Il s'agit bien sûr de l'un des ajouts de Michel Verne. Mais d'où a-t-il bien pu prendre cette idée ?

    « Donc, en opposition avec l'axiome classique « Rien ne se perd, rien ne se crée », Zéphyrin Xirdal proclame que « Tout se perd et tout se crée ». » (La Chasse au météore version Michel, Chap. 10.) « Rien ne se crée. Tout se perd. » (Le Bon, 1905, épigraphe de L'Évolution de la matière.) « La substance éternellement détruite, se recompose éternellement. Chacun de ses changements d'état s'accompagne d'un rayonnement d'énergie et d'une destruction de substance correspondante. Si cette destruction ne peut être constatée par nos instruments, c'est qu'ils sont trop imparfaits, une énorme quantité d'énergie étant enclose dans une parcelle impondérable de matière. [.../...] Cette destruction non constatée n'en existe pas moins. Son, chaleur, électricité, lumière en sont la preuve indirecte. » (La Chasse au météore version Michel, Chap. 10.)

    L'équivalence matière-énergie, résumée par la célèbre équation E = mc2, est attribuée à Albert Einstein (1879–1955) et fait l'objet de l'un de ses cinq articles fondamentaux parus en 1905. Guy Desloges (1992) a remarqué que Michel Verne, bien qu'il suivit de près les progrès de la science et de la technique, pouvait difficilement être au fait des thèses d'Einstein, qui n'avaient alors suscité que peu de réactions en dehors d'un milieu restreint de spécialistes. Desloges suggère que Michel Verne aurait plutôt emprunté les idées largement médiatisées de Gustave Le Bon.

    Gustave Le Bon (1841–1931) fut un polygraphe prolifique qui toucha à l'anthropologie, la sociologie, la photographie, la physique... (Voir sa biographie établie par Marpeau, 2000.) Sa Psychologie des foules (1895) a inspiré l'idéologie de certains régimes totalitaires. Il fut directeur de la Bibliothèque de philosophie scientifique, collection éditée par Ernest Flammarion où furent publiés, entre autres, des ouvrages d'Henri Poincaré (1854–1912) comme La Science et l'hypothèse (1902), et bien sûr plusieurs livres de Le Bon lui-même. Ses contributions à la physique – la lumière noire (dont la découverte illusoire rappelle l'affaire des rayons N de René Blondlot) et ses idées sur la matière et l'énergie – sont maintenant bien oubliées.

    Indubitablement, en 1905, E = mc2 était dans l'air du temps. On peut consulter à ce sujet les publications parues vers 2005 (l'année du centenaire des découvertes d'Einstein) développant la controverse sur la paternité de la relativité. Plutôt que d'utiliser un formalisme théorique pour établir l'équivalence matière-énergie comme Poincaré et Einstein, Le Bon s'est basé sur une interprétation intuitive de la radioactivité. Il a longuement exposé ses travaux en feuilleton dans la Revue Scientifique avant d'en tirer L'Évolution de la matière en 1905. Plus tard (en 1922), il revendiquera sans succès la paternité de l'équivalence matière-énergie auprès d'Einstein. Le Bon proposait E = 1/2 m V2, avec V = 100 000 km s-1, trois fois inférieure à la vitesse de la lumière. Comparé à E = mc2, le compte n'y était pas.

    En introduisant la machine mystérieuse de Zéphyrin Xirdal, Michel a-t-il trahi l'esprit roman scientifique de son père en s'engageant résolument dans les fantaisies de la science fiction ? Il semble que non, puisqu'il se base sur une hypothèse nouvelle et séduisante du monde scientifique de l'époque. On peut cependant lui reprocher de n'avoir pas mieux explicité ses sources (ce que faisait souvent Jules). On peut également remarquer, comme l'ont fait Pierre Bacchus (1996) et bien d'autres verniens, que Jules Verne n'était pas si clair sur ce thème : Dans plusieurs de ses romans, il a joyeusement bafoué (de bonne fois il est vrai) le principe même de la conservation de l'énergie, si bien que ses machines relèvent souvent de l'utopie du mouvement perpétuel.

    Incidemment, Zéphyrin Xirdal a aujourd'hui des émules qui envisagent de construire sa machine : on a en effet sérieusement proposé d'explorer l'exo-planète de Proxima du Centaure récemment découverte (à 4,2 années-lumières de distance de la Terre), par des sondes spatiales équipées de voiles et propulsées à partir de la Terre par des rayons émis par des lasers Giga-joules, pouvant les accélérer a une fraction notable de la vitesse de la lumière. (Voir l'étude de Philip Lubin, A Roadmap to Interstellar Flight, 2016, Jounal of the British International Society, 69, 40-72.)

    Des astronomes amateurs irascibles.

    Les deux astronomes amateurs rivaux, Dean Forsyth (à gauche) et Sydney Hudelson (à droite). Illustrations de George Roux pour l'édition Hetzel.

    Les deux astronomes amateurs, Dean Forsyth et Sydney Hudelson, qui nous sont présentés dans La Chasse au météore sont des astronomes compétants, presque des professionnels. Mais ce sont des monomaniaques, appartenant à la classe des savants fous. Leur rivalité est l'un des thèmes dominants du roman. En cela, ils diffèrent de leurs collègues Thomas Black dans Le Pays des fourrures (1873) et Palmyrin Rosette dans Hector Servadac (1877) qui n'avaient pas que des aspects négatifs.

    L'astronomie professionnelle, comme les autres domaines de la recherche, est un monde impitoyable où sévit la compétition pour les postes, les crédits, les moyens d'observation. Le petit monde des astronomes amateurs (ceux dont l'équipement et le savoir-faire permettent de faire des observations fructueuses) lutte, lui, pour la gloire d'avoir la primeur de la découverte d'une comète ou d'un astéroïde. (Voir notre note sur les astronomes amateurs et les comètes.) La présentation des deux astronomes rivaux faite par Jules Verne est donc vraisemblable, bien que poussée à la caricature.

    Si les comètes nouvellement découvertes portent le nom de leur(s) découvreur(s) (voir notre note sur le nom des comètes), ce n'est pas le cas des astéroïdes. Les découvreurs d'astéroïdes ont le privilège de pouvoir nommer les objets qu'ils ont découverts. Il faut bien avouer que c'est une porte ouverte au copinage et à la flagornerie. À côté des personnages mythologiques (en voie d'épuisement – ce sont en effet des dizaines de milliers d'objets qu'il faut nommer) et des personnages et lieux célèbres, on voit apparaître la famille, les amis, les collègues, les sponsors des chasseurs d'astéroïdes... L'Union astronomique internationale spécifie bien qu'il est impossible d'acheter un nom d'étoile (voir son communiqué), mais elle reste muette sur le cas des astéroïdes. Il est de fait possible d'acheter un astéroïde à son nom ! il suffit de faire un don à un observatoire ou à une équipe de recherche judicieusement choisis, qui remercient ainsi leur donateur.



    La trogne de l'astronome (est-ce Forsyth ou Hudelson ?)
    qui illustre la couverture de l'édition de la Bibliothèque Verte
    n'est pas plus engageante.

    Une troisième version ?

    Les romans-catastrophe basés sur la collision d'une comète ou d'un astéroïde avec la Terre sont légion. Nous nous souvenons que Jules Verne avait déjà abordé ce thème dans Hector Servadac (1877).

    Camille Flammarion (1842–1925), dans La Fin du monde (1894), décrit la collision d'une comète avec la Terre. Ce roman débute bien comme du Jules Verne, mais le récit s'embourbe ensuite dans un lyrisme didactique, verbeux et – à notre avis – fort ennuyeux. Mais c'est aussi un roman à clés, et sa description de l'Observatoire de Paris vaut le détour :

    « C'était un asile de paix où régnait la concorde la plus pure. Les astronomes consacraient avec désintéressement leur vie entière aux seuls progrès de la science, s'aimaient les uns les autres sans jamais éprouver les aiguillons de l'envie, et chacun oubliait ses propres mérites pour ne songer qu'à mettre en évidence ceux de ses collègues. Le Directeur donnait l'exemple, et, lorsqu'il parlait, c'était au nom de tous. » (Chap. 1, p. 20.) Ici, Flammarion ironise sur les années terribles de la dictature de Le Verrier, qu'il a connues dans sa jeunesse.

    H.G. Wells (1866–1946), dans sa nouvelle L'Étoile (The Star) (1897) imagine une étoile pénétrant le Système solaire à grande vitesse. Elle entre en collision avec Neptune, puis se dirige vers le Soleil. Elle frôle la Terre, provoquant raz-de-marée, tremblements de Terre, incendies et innondations. Une grande partie de l'humanité périt. Mais les martiens, qui observent l'événement à distance, ne remarquent qu'une diminution des calottes glaciaires. [Cette nouvelle fait partie du recueil Les Pirates de la mer et autres nouvelles paru en 1902, dont un exemplaire dédicacé par le traducteur figurait dans la bibliothèque de Jules Verne.]

    Toujours H.G. Wells, dans Au Temps de la comète (In the Days of the Comet) (1906), imagine le passage d'une comète près de la Terre. Elle répand dans l'atmosphère terrestre un gaz qui perturbe les activités humaines.

    Hergé (1907–1983), dans L'Étoile mystérieuse (1942), reprend plus directement le scénario de Jules Verne – bien qu'il se soit toujours défendu d'une telle influence.

    Nous passerons sur les incontournables films-catastrophes : When Worlds Collide (Le Choc des mondes) de Rudolph Maté (1951), Armageddon de Michael Bay (1998) et Deep Impact de Mimi Leder (1998).

    Alors, pourquoi ne pas faire une autre version de la Chasse, cette fois-ci fidèle aux principes du roman scientifique et plus conforme à nos connaissances actuelles ? À toi de jouer, lecteur...

    Bibliographie générale sur La Chasse au météore et ses avatars

  • C. Flammarion (1894). La Fin du monde, Ernest Flammarion, Paris.
  • Hergé (1942). L'Étoile mystérieuse, Casterman, Bruxelles.
  • R. Iglesis (1966). La Chasse au météore. Téléfilm produit par l'ORTF. [Archives INA, noir & blanc, 110 min. Une fidèle adaptation en théatre filmé.]
  • J. Verne (1908). La Chasse au météore, Hetzel, Paris. [Version remaniée par Michel Verne, d'abord parue en feuilleton dans Le Journal du 5 mars au 10 avril.]
  • J. Verne (1986). La Chasse au météore, Société Jules Verne, Paris. [Version originale établie par O. Dumas.]
  • J. Verne (2004). La Chasse au météore, éditions Folio/Gallimard, Paris. [Version originale, présentation et notes d'O. Dumas.]
  • H.G. Wells (1906). In the Days of the Comet, The Century Co., New York. [Au Temps de la comète, 1910, Mercure de France.]

    Bibliographie sur météorites, bolides et astéroïdes

  • J.-B. Biot (1803). Relation d'un voyage fait dans le département de l'Orne, pour constater la réalité d'un météore observé à L'Aigle, le 6 floréal an 11. Voir l'article original de Biot et son commentaire par A. Moatti.
  • Collectif, sous la direction de B. Zanda et M. Rotaru assistées de P. de la Cotardière (1996). Les Météorites, Muséum national d'histoire naturelle/Bordas.
  • M. Gounelle (2006). The meteorite fall at L'Aigle and the Biot report: exploring the cradle of meteoritics. In The History of Meteoritics and Key Meteorite Collections: Fireballs, Falls and Finds. Geological Society Special Publications No. 256. Edited by G. J. H. McCall, A. J. Bowden and R. J. Howarth. pp. 73–89.
  • M. Gounelle (2009). Les Météorites, Presses Universitaires de France, Collection Que sais-je ?
  • M. Gounelle (2013). Météorites, à la recherche de nos origines, Flammarion. [Avec un exposé clair et à jour sur les impacts.]
  • M. Gounelle, P. Spurny, P.A. Bland (2006). The Orbit of the Orgueil Meteorite from Historical Records. Meteoritics & Planetary Science, 41, 135–150.
  • F. Margollé et E. Zurcher (1869). Les Météores, Hachette, Bibliothèque des Merveilles.
  • J. Rambosson (1870). Histoire des météores et des grands phénomènes de la nature, Paris, Firmin Didot.

    Bibliographie sur l'équivalence matière-énergie

  • Anonyme. Controverse sur la paternité de la relativité. Wikipedia.
  • P. Bacchus (1996). Jules Verne et le principe de la conservation de l'énergie. In De la Science en Littérature à la Science-Fiction, Éditions du CTHS, 147-152.
  • G. Desloges (1992). Michel & Zéphyrin ou E=mc2 presqu'avant la lettre. Bull. Soc. Jules Verne, No 103, 3e trim. 1992, p. 14-15.
  • A. Einstein (1905). Ist die Trägheit eines Körpers von seinem Energiegehalt abhängig ? Annalen der Physik, 18 639-641.
  • A. Einstein. (1989) Œuvres choisies. 4. Correspondances françaises. Édition du Seuil/Éditions du CNRS. (pp. 186–189 : lettres Einstein – Le Bon.)
  • J. Hladik (2007). E = mc2. Histoire méconnue d'une célèbre formule. Ellipses, Paris.
  • G. Le Bon (1902–1906). Une douzaine d'articles sur la dissociation de la matière. Revue Scientifique.
  • G. Le Bon (1905). L'Évolution de la matière. Ernest Flammarion, Paris.
  • G. Le Bon (1906). La dissociation de la matière sous l'influence de la lumière et de la chaleur. CRAS, 143, 647–649.
  • G. Le Bon (1906). La dématérialisation de la matière comme origine de la chaleur solaire et de l'électricité. La Nature, 34(1), No 1699, 35–39.
  • B. Marpeau (2000). Gustave Le Bon : parcours d'un intellectuel, 1841–1931. CNRS Éditions, Paris.
  • A. Moatti (2007). Einstein, un siècle contre lui. Odile Jacob, Paris.
  • G. Moch (1921). La Relativité des phénomènes. Flammarion, Paris.
  • H. Poincaré (1900). La théorie de Lorentz et le principe de réaction. Archives néerlandaises des sciences exactes et naturelles, 5, 252–278.

    Appendice : un peu de vocabulaire

    Il n'est pas inutile de rappeler la terminologie scientifique actuelle, quelque peu malmenée dans le roman.

  • Une météorite est un objet naturel de provenance extra-terrestre qui entre dans l'atmosphère de la Terre et qui parvient à sa surface s'il n'est pas détruit. On distingue les chutes, météorites dont l'arrivée a été observées, des trouvailles, météorites trouvées soit par hasard, soit à la suite de recherches systématiques. Un aérolithe (pierre tombée du ciel) : ancienne dénomination des météorites

  • Un météore est le phénomène lumineux provoqué par l'entrée des météorites dans l'atmosphère. (Plus généralement, on appelle météore tout phénomène se produisant dans l'atmosphère — pluie, vent, neige...)

  • Un bolide est une météorite de grande taille. Le météore qu'il produit peut être spectaculaire et sonore.

  • Une micrométéorite est une météorite de très petite taille, qui ne parvient pas toujours à la surface de la Terre. Le météore auquel elle donne lieu est communément appelé étoile filante.

  • Un astéroïde, ou petite planète, est un objet de quelques centaines de mètres à quelques centaines de kilomètres. La plupart sont en orbite entre Mars et Jupiter, mais certains (les géocroiseurs) croisent l'orbite de la Terre. Une grande partie des météorites proviennent de la fragmentation des astéroïdes.

  • Une comète est un objet de quelques kilomètres parcourant une orbite excentrique, composé en grande partie de glace d'eau et d'autres composés volatiles. Lorsque la comète se rapproche du Soleil, l'eau se sublime, conduisant au développement parfois spectaculaire d'une chevelure, d'une queue de poussières et d'une queue d'ions. Comètes et astéroïdes sont les petits corps du Système solaire.

    © 2010–2017 Jacques Crovisier

    Cet article résulte en partie d'un travail collectif fait à l'occasion d'un parrainage de classe avec Jean-François Le Saux au lycée Descartes de Montigny-le-Bretonneux.

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