Philippe Zarka
LESIA, CNRS–Observatoire de Paris, Meudon, France
Planetary and Space Science, sous presse, 2006. [preprint]

Résumé
Le contraste relativement élevé entre les émissions radio planétaires et solaires suggère que le domaine radio basses fréquences pourrait être bien adapté à la détection directe d'exoplanètes. Nous passons en revue les principales propriétés des émissions radio planétaires (aurorales ou induites par une interaction satellite-magnétosphère), et montrons que leur « moteur premier » est l'interaction d'un écoulement de plasma avec un obstacle, en présence d'un fort champ magnétique (celui du flot ou celui de l'obstacle).Des lois d'échelle ont été établies à partir des émissions radio des planètes du système solaire, reliant la puissance radio émise à la puissance dissipée au cours de l'interaction flot-obstacle (cf. Table). Nous généralisons ces lois d'échelle à une relation « radio–magnétique » qui semble mettre en correspondance la puissance radio émise au flux d'énergie magnétique convecté sur l'obstacle, cet obstacle étant magnétisé ou non (Figure 1). L'extrapolation de cette loi d'échelle aux exoplanètes suggère alors que les « Jupiters chauds » pourraient produire des émissions radio extrêmement intenses, soit du fait de l'interaction de leur magnétosphère avec un vent stellaire intense (si la planète possède un champ magnétique intrinsèque notable), soit du fait d'un phénomène « d'induction unipolaire » produit par la planète (magnétisée ou non) se déplaçant à travers le champ magnétique d'une étoie fortement magnétisée – ou de régions fortement magnétisées de la surface stellaire. Dans le premier cas, similaire à l'interaction de la magnétosphère de la Terre ou de Jupiter avec le vent solaire, ou à l'interaction de Ganymède avec Jupiter, une émission radio de longueur d'onde hecto/décamétrique devrait être produite dans le voisinage de la planète avec une intensité 100 à 1000 fois supérieure à celle de Jupiter. Dans le second cas, qui est l'analogue géant du système Io-Jupiter, l'exoplanète jouant le rôle de Io et son étoile parente celui de Jupiter, une émission métrique/décamétrique devrait être produite aux pieds des lignes de champ magnétique stellaire connectées à la planète à un instant donné, avec une intensité jusqu'à 1 000 000 fois plus forte que les émissions décamétriques de Jupiter (à moins qu'un mécanisme de « saturation » non encore identifié ne limite l'intensité émise). Le cas du système de HD 179949, où un point chaud semble avoir été détecté - dans le visible - dans la chromosphère de l'étoile près du point sub-planétaire du Jupiter chaud orbitant cette étoile, est examiné en détails, car il pose d'importants problèmes de bilan d'énergie. La possibilité de détecter les émissions radio prédites avec les plus grands radiotélescopes basses fréquences existants ou en projet est évaluée (Figure 2). Nous discutons enfin de l'intérêt d'une éventuelle détection radio, qui permettra notamment la mesure du champ magnétique exoplanétaire et ouvrira la perspective d'une physique exo-magnétosphérique comparative.
Flot Obstacle |
Faiblement ou non magnétisé |
Fortement magnétisé |
Faiblement ou non magnétisé |
Pas d'émission radio (cyclotron) intense |
Interaction unipolaire |
Fortement magnétisé (Terre, Jupiter, Saturne, Uranus, Neptune, Ganymède, Jupiters chauds magnétisés ?) |
Interaction magnétosphérique |
Interaction dipolaire |
Table : Les divers types d'interaction flot de plasma-obstacle. Des exemples sont donnés en italique.
Une émission radio intense devrait être produite par mécanisme « maser-cyclotron » dans 3 cas sur les 4 possibles.
| Contact Philippe Zarka (Observatoire de Paris, LESIA) |