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Le 8 décembre 2005 a paru dans la revue Nature une série d’articles sur les premières analyses des données envoyées par la sonde Huygens. Elles apportent quantité d’informations nouvelles sur la surface et l’atmosphère de Titan, nous révélant un monde complexe et fascinant, potentiellement proche de la Terre, mais gelé à un stade précoce de son développement. L’article « Rain, winds and haze during the Huygens probe’s descent to Titan’s surface » par M. Tomasko et al. (Nature 438, 765-778) présente les résultats obtenus par l’expérience DISR. Processus géophysiquesÀ cause de l’opacité de la brume photochimique, DISR n’a commencé à distinguer la surface qu’à partir de 55 km environ. La première mosaïque construite à partir d’images entre 49 et 20 km d’altitude montre des régions claires séparées par des allées plus sombres, mais il est difficile de comprendre leur nature. On ne voit pas de cratères d’impact. Le panorama suivant, assemblé à partir d’images entre 17 et 8 km, révèle un vaste plateau clair creusé d’un grand nombre de chenaux. Crédit images : ESA/NASA/JPL/University of Arizona
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Deux types de réseaux sont visibles : un réseau de drainage très ramifié vraisemblablement creusé par des précipitations, et un réseau avec des chenaux plus rectilignes, trapus, et commençant (ou se terminant) souvent par des étendues sombres circulaires. Les chenaux étroits convergent vers de larges rivières qui se déversent dans une vaste étendue sombre en contrebas. Le dernier panorama, constitué d’images enregistrées entre 7 et 0,5 km d’altitude, montre à haute résolution la région d’atterrissage dans cette plaine sombre. On y voit là aussi des traces d’écoulement récent, avec une crête érodée, coupée par une douzaine de chenaux étroits. Cette étendue sombre évoque une suite de lacs asséchés avec des « îles » et des « hauts fonds » plus clairs. La frontière entre régions claire et sombre s’interprète comme une ligne côtière.
Il fait peu de doute que c’est le méthane liquide qui a creusé ces chenaux, vu la température régnant à la surface de Titan (94 K ; -179°C) et l’abondance de ce gaz ( ~5%) dans la basse atmosphère. Le matériau sombre charrié par les chenaux et s’accumulant dans les dépressions pourrait être constitué des particules de la brume formées dans la stratosphère et tombant continûment à la surface. Les chenaux rectilignes ont peut-être été alimentés par des résurgences de méthane liquide. DISR n’a pas vu d’étendues liquides dans la région explorée (typiquement 20 x 20 km) mais il peut en exister ailleurs. La fréquence des précipitations qui ont créé les réseaux ramifiés reste une question ouverte. On voit par endroits quelques structures qui résultent peut-être du cryovolcanisme, avec extrusion de glace d’eau à la surface. Les images de la surface de Titan prises après l’atterrissage évoquent une rivière ou un lac asséché. Des « galets », de 10 à 15 cm de diamètre, vraisemblablement constitués de glace d’eau, reposent sur un substrat granulaire plus sombre, rappelant du gravier. On peut penser que ces matériaux ont été transportés et érodés par des écoulements de méthane liquide.
Profil du vent
Structure de la brumeTout au long de la descente, les spectromètres visibles et infrarouges ont analysé la lumière solaire ambiante dans les directions montante et descendante et à des azimuts variés. Au fur et à mesure de la descente, l’intensité des spectres pris en regardant vers le haut décroît et les bandes d’absorption du méthane se creusent à cause de la quantité croissante d’atmosphère au-dessus de la sonde. Dans le visible, la lumière dans la direction du soleil passe progressivement du jaune au rouge orangé à cause des aérosols qui absorbent et diffusent préférentiellement le bleu.
L’intensité observée vers le haut dans la direction opposée au soleil ainsi que l’intensité montante moyennée en azimut permet de contraindre la distribution verticale des aérosols et la taille des particules.Ces mesures montrent que la brume s’étend jusqu’au niveau du sol, sans région claire dans la basse atmosphère contrairement à ce qu’on attendait. L’épaisseur optique de la brume, élevée dans le visible (4,5 à 530 nm), décroît vers l’infrarouge pour atteindre 2 à 940 nm et seulement 0,5 à 1500 nm.
Cette variation est toutefois plus faible que prévue, ce qui signifie que les particules sont plus grosses que prévu. Il s’agit de particules irrégulières, « fractales », formées d’agrégats de quelques centaines de monomères. Les mesures de polarisation de DISR fixent le rayon du monomère à 0,05 micromètre. La concentration de la brume (quelques dizaines de particules par cm 3) varie peu avec l’altitude, augmentant peut-être d’un facteur 2 ou 3 entre 150 km et la surface. SurfaceÀ 700 m d’altitude, DISR a allumé une lampe de 20 W pour éclairer la surface et s’affranchir de l’absorption de la lumière solaire par le méthane. Dans le spectre réfléchi par la surface à 20 m d’altitude, les bandes du méthane apparaissent alors beaucoup plus faibles. Elles ne sont plus « saturées », ce qui permet d’une part de mesurer l’abondance de ce gaz, et d’autre part de déterminer le spectre de réflectivité de la surface. On trouve un rapport de mélange de 5% environ, ce qui correspond à une humidité relative de 50%. Le méthane près de la surface est plus abondant que dans la stratosphère (1,5%), ce qui confirme qu’il se condense dans la troposphère.
ConclusionL’ensemble des données DISR nous a apporté une nouvelle vision de Titan, un corps où sont à l’oeuvre des processus géophysiques similaires à ceux qui se déroulent sur Terre mais avec des acteurs chimiques complètement différents. Ces observations soulignent le rôle majeur joué par le méthane dans la géomorphologie et la météorologie de Titan. La mission Cassini, en orbite autour de Saturne depuis le 1 er juillet 2004, devrait nous permettre de compléter sur une plus grande échelle notre connaissance de ce satellite, unique dans le système solaire. > Télécharger la présentation DISR à la conférence de presse ESA (30 novembre 2005) Voir aussi : Conférence de presse ESA sur les résultats de Huygens (30 novembre 2005) : Communiqué de presse ESA sur DISR (30 novembre 2005) : Nouvelle scientifique de l’Observatoire de Paris (30 novembre 2005) : Contact : Bruno Bézard
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