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Retour au Tour du monde en quatre-vingts jours.

La chronologie du jour fantôme.

Écrits précurseurs, sources possibles et retombées avouées ou non du jour fantôme dans Le Tour du monde en quatre-vingts jours de Jules Verne ont été passés en revue par Daniel Compère (Le jour fantôme, 1976, La Revue des lettres modernes, Série Jules Verne Vol. 1, pp. 31–51). Puis par R. R. de Freitas Mourão (Jules Verne et le paradoxe du circumnavigateur, 2013, in P. Mustière & M. Fabre (eds) Jules Verne, science, crises et utopies, Coiffard, Nantes, pp. 85–92) [Sans doute une republication de La Géographie, 1520, pp. 3–16 (mars (2006).] En voici un synopsis adapté et complété, avec renvois sur la plupart des textes originaux.

  • 1321 – Le sultan kurde Ismail Abu'l-Fida (1273–1331) et le Taquin al-Buldan. (Considérations théoriques sur le jour fantôme. Selon R. R. de Freitas Mourão.)

  • ca 1377 – Nicolas Oresme (ca 1325–1382) et le Traité de la sphère. (Considérations théoriques sur le jour fantôme. Selon R. R. de Freitas Mourão.)

  • 1522 – Les compagnons de Magellan (ca 1480–1521) achèvent leur tout du monde et constatent avec surprise un écart d'un jour par rapport à leur journal de bord.

  • 1524 – Antonio Pigafetta publie le récit de ce voyage Premier voyage autour du monde sur l'escadre de Magellan (traduction de C. Amoretti, Jansen imprimeur-libraire, Paris, 1801.) [Voir pp. 228–229.]

  • 1580 – Le corsaire anglais Francis Drake (ca 1545–1596) achève son tour du monde (historiquement le deuxième après celui de Magellan), clôturant plus de deux ans de rapines et de dévastation des possessions espagnoles. Il constate un écart d'un jour en arrivant à Plymouth le 26 septembre 1580. (F. Drake, 1652, The World encompassed, edt. F. Fletcher. [Voir p. 108.])

  • 1629 – Publication posthume de l'ouvrage de Nicolas Bergier (1567–1623) Le Point du jour, ou Traité du commencement des jours, et de l'endroit où il est établi sur la Terre (Reims, 1629).

  • 1692 – Pierre Bayle (1647–1706) publie la première version de ce qui deviendra sa Dissertation sur le jour dans son Projet et fragments d'un dictionnaire critique (pp. 322–353, Rotterdam, 1692). « Ceux qui font le tour du monde gagnent ou perdent un jour. Il n'est pas nécessaire d'expliquer ceci ; car personne n'ignore que ceux qui ont fait le tour du monde par l'Orient, se sont trouvés à leur retour plus avancés d'une journée, que ceux qui avaient demeuré dans le pays, & que le contraire est arrivé à ceux qui ont fait le tour du monde par l'Occident. » [Voir p. 330 ff.]

  • 1743 – Dans son Traité de la sphère et du calendrier (1743, Jean Desaint & Charles Saillant, Paris), Dominique-François Rivard (1697-1778) écrit : « Si un voyageur faisait le tour du monde en allant vers l'orient, il compterait à son retour un jour de plus que ceux qui seraient restés au lieu de son départ. [...] Par la raison contraire un voyageur qui ferait le tour de la terre vers l'occident, compterait un jour de moins à son retour que ses compatriotes. Ainsi le premier nommerait Vendredi le jour qu'ils appelleraient Jeudi, & le second nommerait ce même jour Mercredi. Ces deux voyageurs & leurs compatriotes appelleraient donc Jeudi trois différents jours de la semaine : c'est ce que l'on doit entendre, quand on dit quelquefois en badinant, la semaine des trois Jeudis. On en pourrait dire autant des autres jours de la semaine. » Peut-être est-ce là que Poe a trouvé sa source pour ses trois dimanches. Ce traité a eu de nombreuses rééditions, dont certaines préfacées et révisées par l'astronome Lalande, et une version populaire, Abrégé de la sphère et du calendrier: à l'usage de ceux qui ne sçavent pas de géometrie (1743, P.N. Lottin, Jean Desaint & Charles Saillant, Paris). Le texte cité est également repris mot pout mot par Edme Mentelle & Conrad Malte-Brun dans leur Géographie mathématique, physique et politique de toutes les parties du monde (1803, Tardieu et Laporte, Paris, vol. 1 p. 245).

  • 1825 – L. Ciccolini, dans une lettre au baron de Zach, présente une étude bibliographique du problème du jour fantôme. (1825, Correspondance astronomique, géographique, hydrographique et statisitique du baron de Zach, 13, pp. 363–362.)

  • 1833 – L'astronome John F. W. Herschel (1792–1871) publie A Treatise on Astronomy (Longman et al. & John Taylor, Londres ; première édition américaine : 1836, Carey, Lea & Blanchard, Philadelphie). [Voir paragraphe 211.]

  • 1834 – Parution du Traité d'astronomie de John F. W. Herschel en traduction française par Augustin Cournot (Paulin, libraire-éditeur, Paris). [Voir également paragraphe 211.]

  • 1841 – Edgar A. Poe (1809–1849) publie A Succession of Sundays dans le Saturday Evening Post du 27 novembre. La nouvelle deviendra Three Sundays in a Week dans les éditions ultérieures (1845–).

  • 1852 – Hervé Faye (1814–1902) publie ses Leçons de cosmographie (librairie Hachette, Paris). [Voir Chap. VII, pp. 119–121 (2ème édition, 1854).]

  • 1856 – Publication de La Semaine des trois dimanches, traduction de Léon de Wailly, dans L'Ami de la Maison (1(14), pp. 217–219).

  • 1862 – Publication de La Semaine des trois dimanches, traduction de William L. Hugues, dans les Contes inédits d'Edgar Poe (Hetzel, pp. 141–153).

  • 1864 – Jules Verne publie son essai Edgard Poë et ses œuvres dans Le Musée des Familles (31(7), pp. 193–208) où il commente La Semaine des trois dimanches.

  • 1866–1867 – Armand Audoy (1825–1891) publie sous le pseudonyme X. Nagrien Prodigieuse Découverte (qui évoque le jour fantôme ; voir Chap. 7) dans la Revue Moderne (Vol. 39 (1 dec. 1866), pp. 511–540 et Vol. 40 (1 jan. 1867), pp. 129–162), puis chez Hetzel.

  • 1872 – Une série de lettres dans le courrier des lecteurs de la revue britanique Nature discutent le problème des méridiens et changements de date. Question posée par James Pearson le 12 décembre (Vol. 7, p. 68) suivie le 28 novembre des réponses de George Greenwood, J. K. Laughton et Edward Roberts (Vol. 7, p. 105).

  • 1872–1873 – Jules Verne publie Le Tour du monde en quatre-vingts jours dans Le Temps (6 nov. au 22 dec. 1872), puis chez Hetzel.

  • 1873 – Le 4 avril, Jules Verne lit à la Société de géographie de Paris son rapport sur Les Méridiens et le Calendrier (1873, Bull. Soc. Géog., 6, pp. 423–428). Son article, avec variantes, sera repris dans le Journal Officiel (12 avril 1873, No 101, pp. 2559–2570), le Journal d'Amiens (14–15 avril 1873, No 4968), La Presse (29 avril 1874), L'Explorateur (1er avril 1875, 1(9), pp. 207–209). (Voir également V. Dehs, À propos d'une communication, Bull. Soc. Jules Verne 182, 31–32, avril 2013.)

  • 1874 – La communication de Jules Verne est en partie reproduite dans l'article Méridien du Grand dictionnaire universel du XIXe siècle de Pierre Larousse (tome 11, pp. 75–76).

  • 1878 – Jules Verne publie Découverte de la Terre – Les premiers explorateurs (Hetzel), incluant le voyage de Magellan. [Voir p. 325.]

  • 1883 – A. Lepaute publie sur le même sujet, mais sans référence à Jules Verne, l'article Où commence lundi ? — Où finit dimanche ? (L'Astronomie, 2, pp. 97–102). Selon P. Scheinhardt, c'est Camille Flammarion lui-même qui a écrit cet article pour la revue qu'il éditait, prenant comme pseudonyme le nom de l'horloger Lepaute.

  • 1901 – Alphonse Allais (1854–1905) évoque le jour fantôme dans l'une de ses chroniques, Un curieux cas de conscience (Le Sourire, 17 août 1901, republié dans Œuvres posthumes, coll. Bouquins, Laffont, 1984, pp. 664–666.) [Alphonse Allais a également publié Le Tour du monde en pas tout à fait quinze jours (Le Journal, 13 août 1901, republié dans Œuvres posthumes pp. 663–664). Il y propose de construire des autoroutes sur viaducs tout autour de la Terre. Des auomobliles roulant à 120 km/h (pas mal pour l'époque) feraient ainsi le tour du monde en environ 14 jours. Il conclut « Sur la route, dame, il ne faudra pas perdre de temps à embrasser l'excellent papa Jules Verne, en passant... », évoquant ainsi le détour de Nellie Bly à Amiens lors de son tour du monde en 1889.]

  • 1936 – Jean Cocteau (1889–1963) relate son tour du monde dans Paris-Soir (août-septembre 1936), puis dans Mon premier Voyage (1936, Gallimard). Le jour fantôme y tient une bonne place (La semaine des deux mardis).

  • 1994 – Umberto Eco (1932–2016) publie son roman L'Île du jour d'avant (L'isola del giorno prima).

    Jour perdu ou jour gagné ? Fin d'une controverse.

    On lit, au fil des différents textes, que le voyageur partant vers l'est (ou vers l'ouest) gagne (ou perd) un jour – ou l'inverse. Ces incohérences qui ont fait couler beaucoup d'encre ont été mises sur le compte d'erreurs de traduction ou de recopie. À notre avis il n'en est rien. Ce n'est qu'une question de point de vue et d'imprécision du language. Au jeu, ce qui est gain pour une partie est perte pour l'autre. Un jour de moins peut être considéré comme une perte (par rapport au nombre de jours) ou un gain (de temps). Et comme rien n'est clairement explicité, que la règle du jeu n'est pas donnée, tout le monde a raison !

    Addedum. Voir aussi :

  • C. Flammarion, Le méridien universel et l'heure dans tous les pays, 1883, Le Voltaire, 19 janvier 1883, p.1.
  • R. H. van Gent, A History of the International Date Line.
  • Philippe Scheinhardt, Verne et Flammarion se croisent au point du jour, 2015, in Collectionner l'Extraordinaire, sonder l'Ailleurs, Essais sur Jules Verne en hommage à Jean-Michel Margot, T. Harpold, D. Compère et V. Dehs edts, Encrage Éditions, 269–282.

    © 2012–2017 Jacques Crovisier

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