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Les
guides monomodes pour l'infrarouge thermique
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Le succès de l'interférométrie
fibrée dans l'infrarouge proche (bandes K & L) encourage fortement
à étendre cette technique vers les fenêtres encore peu
explorées en interférométrie de l'infrarouge thermique
(bandes M, N & Q). Cette gamme de longueur d'onde est aussi le terrain
de prédilection pour la recherche d'exoplanètes " terrestres
" car avec une température effective de l'ordre de 300 K, c'est
autour de 10 µm que le contraste planète/étoile est le
plus élevé. Dans le cadre de la mission spatiale Darwin qui
a pour objectif la détection de ce type de planètes, des
filtres modaux comme les fibres monomodes permettraient de relâcher
considérablement la contrainte sur la qualité optique des miroirs.
Pour cette raison, l'ESA les a classés parmi les points durs technologiques
associés à la mission et a prévu un budget pour leur
développement.
Bien avant Darwin
et depuis le sol, l'instrument MIDI
récemment installé sur le VLTI pourrait déjà bénéficier
du filtrage modal par fibre monomode si ces composants existaient dans l'infrarouge
moyen. Pour combler ce manque, le DESPA (actuel LESIA) s'est engagé
fin 1999 au côté d'une industrie rennaise, Le Verre Fluoré,
dans un contrat de recherche exploratoire financé pour un an par la
Direction générale de l'armement (DGA). Le contrat portait sur
la réalisation d'un guide monomode pour la bande 8-12 µm ayant
des pertes de transmission inférieures à 3 dB/cm. Deux autres
partenaires furent associés au contrat pour caractériser les
prototypes : l'Institut d'astrophysique spatiale (IAS)
à Orsay et le Laboratoire de physique des lasers (LPL)
à Villetaneuse.
- Filtrage spatial par trou
En optique, il est d'usage courant de filtrer spatialement les faisceaux
pour nettoyer le front d'onde de ses aberrations. La solution la plus répandue
consiste à disposer un trou circulaire au foyer d'une lentille convergente.
Les aberrations de petites tailles, c'est-à-dire de hautes fréquences
spatiales, se trouvent spatialement étalées au foyer de la
lentille qui réalise physiquement une transformation de Fourier.
Le rôle du trou est alors de sélectionner la partie centrale
du champ qui contient essentiellement l'énergie associée aux
basses fréquences spatiales. On comprend pourquoi un trou filtre
efficacement les aberrations de hauts ordres, et moins bien ou pas du tout
les aberrations de bas ordres, telles les modes de basculement (tip-tilt
en anglais). Pratiquement, le choix du diamètre du trou dépend
des caractéristiques du faisceau en général et de sa
longueur d'onde en particulier. Si on travaille en bande large, le diamètre
résulte d'un choix moyen, ce qui limite l'efficacité de filtrage.
Pour certaines applications, ces désavantages ont motivé l'usage
de fibres monomodes en remplacement des trous.
- Filtrage modal par fibre
- Fibres monomode et multimode
Dans une fibre optique dont les dimensions transversales sont grandes
vis-à-vis de la longueur d'onde, les faisceaux lumineux subissent
une série de réflexions totales jusqu'à l'extrémité.
La propriété de guidage se comprend bien dans le cadre
simplifié de l'optique géométrique ; on parle alors
de fibre multimode.
Cette description ne s'applique
plus lorsque les dimensions transversales de la fibre deviennent comparables
à la longueur d'onde car il faut alors tenir compte de la diffraction.
La fibre se comporte en guide d'onde si sa structure est telle qu'elle
refocalise en permanence le faisceau dont la tendance naturelle est
de diverger. On a affaire à une fibre monomode dans ce
cas.
- Propriétés
des fibres monomodes
La structure de ces fibres peut être à gradient ou à
saut d'indice. Toutefois, on ne considère ici que de fibres de
la 2ème sorte qui sont constituées d'un cur d'indice
nc entouré par une
gaine d'indice nc<ng.
On définit la longueur d'onde
de coupure de la fibre par :
c
= 2
a ON / 2,405 avec ON = 
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où 2a est le diamètre du cur
et ON l'ouverture numérique. On montre que pour > c,
la fibre est effectivement monomode, c'est-à-dire que seul le mode
fondamental peut se propager. La taille du mode fondamental et de la tache
image au foyer d'un télescope augmentant tous les deux comme ,
la qualité du couplage avec une fibre monomode ne dépend que
faiblement de la longueur d'onde. C'est un des aspects de la supériorité
des fibres monomodes sur les trous filtrants.
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Mesures
des capacités de filtrage modal
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- Principe de la mesure
Pour vérifier l'efficacité de filtrage de notre prototype,
nous avons procédé à la mesure du champ lointain rayonné
par la fibre dans l'espace libre. Dans une description simplifiée,
le champ sur l'extrémité de la fibre revêt le profil
gaussien du mode fondamental. La fibre émet donc dans l'espace libre
un faisceau gaussien dont le col est positionné sur l'extrémité
rayonnante, et dont le rayon du col est égal au rayon du cur.
L'expérience consiste simplement à vérifier que la
distribution angulaire de l'énergie à grande distance adopte
la forme gaussienne prévue.
- Banc de mesure
Nous avons mis en place au LPL un banc de mesure du profil de champ lointain.
Le faisceau d'un laser à provenant
d'une pièce adjacente est d'abord refocalisé par un compresseur
de faisceau, puis replié par des miroirs de renvoi avant l'injection
dans la fibre via une lentille convergente de focale 2,56 cm. L'intensité
du champ rayonné à grande distance est ensuite échantillonné
tous les degrés avec un détecteur HgCdTe monopixel. Le détecteur
est ajustable en hauteur et solidaire d'une plaque métallique qui
tourne autour d'un pivot placé à la verticale de la tête
de fibre. De cette façon, le détecteur échantillonne
le champ sur une surface d'onde à une distance de 10, 20 ou 30 cm.
On s'affranchit du fond ambiant très important à 10,6 µm
en utilisant un modulateur optique couplé à une détection
synchrone. Par ailleurs, afin de corriger d'éventuelles dérives,
une fraction de la puissance en entrée est prélevée
par une séparatrice et mesurée par un 2ème détecteur
HgCdTe.

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sur les photos pour agrandir |
- Résultats provisoires
Plusieurs campagnes de mesure ont conduit au développement d'un composant
original à trois couches : cur, gaine et couche extérieur
en plomb destinée à absorber l'énergie non propagée
par le mode fondamental. Expérimentalement, on obtient un accord
avec une gaussienne de 2,5 à 3 % (rms) dans la partie mesurée.
En pivotant d'environ 10° par rapport à l'axe du faisceau incident
la platine supportant d'abord un trou filtrant puis la fibre, nous avons
mis en évidence les propriétés de guidage de la fibre
: dans le cas du trou, le profil en sortie reste centré, tandis qu'il
est décalé d'environ 10° dans le cas de la fibre. L'absence
de décalage dans le premier cas est bien conforme au fait que les
trous ne filtrent pas les modes de basculement du front d'onde.
Les pertes par transmission n'ont pu être correctement évaluées.
En effet, il n'est pas possible de séparer leur contribution de celle
de l'efficacité de couplage en entrée de fibre. On peut seulement
avancer avec réserve que la fibre transmet au moins de l'ordre de
30 % de ce que transmet un trou de diamètre égal à
celui de la gaine.

Pour en savoir
plus (en anglais) :
- 10-µm
wavefront spatial filtering: first results with chalcogenide fibers,
P. Bordé, G. Perrin, T. Nguyen, A. Amy-Klein, C. Daussy, P.-I.
Raynal, A. Léger & G. Mazé, august 2002
- Updated results
on prototype chalcogenide fibers for 10-µm wavefront spatial filtering,
P. Bordé, G. Perrin, A. Amy-Klein, C. Daussy & G. Mazé,
april 2003
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